Le conflit entre les États-Unis et l’Iran : comment les changements géopolitiques redéfinissent les stratégies de placement
Au moment où la géopolitique redessine les dépenses en capital et les priorités budgétaires, la constitution de portefeuille doit évoluer.
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Faits saillants
- Dans le monde multipolaire d’aujourd’hui, les portefeuilles devraient mettre l’accent sur la résilience, la sécurité énergétique et la redondance des chaînes d’approvisionnement.
- Les dépenses de défense sont devenues un thème structurel. Mais il faut faire preuve de discipline pour éviter les secteurs saturés du marché.
- Les actifs stratégiques du Canada deviennent de plus en plus précieux. La clé sera de déterminer où la demande structurelle converge vers des actifs de qualité et des conditions économiques attrayantes.
La réactivation des tensions entre les États-Unis et l’Iran nous rappelle que nous investissons dans un monde où la rivalité géopolitique, la sécurité énergétique, la résilience des chaînes d’approvisionnement, les dépenses de défense et la stratégie industrielle deviennent désormais des caractéristiques durables du marché. Le conflit pourrait s’estomper, mais les dynamiques de placement qu’il reflète, elles, persisteront.
Dans un contexte de mondialisation, les investisseurs et investisseuses peuvent considérer les chocs géopolitiques comme des perturbations temporaires. Dans un monde multipolaire, ces chocs redéfinissent les voies commerciales, les dépenses en capital, les priorités budgétaires, la dynamique de l’inflation et les risques liés aux portefeuilles.
Plus important que le pétrole
Les prix du pétrole sont importants, mais le véritable enjeu est que la sécurité énergétique est désormais une priorité stratégique. Les pays ne priorisent plus la source la moins coûteuse. Ils misent sur la fiabilité, la redondance et le contrôle. Ce virage a des répercussions sur les infrastructures, les services collectifs, les pipelines, les réseaux électriques, les minéraux critiques et les entreprises qui aident les économies à renforcer leur résilience.
Ce virage a des implications particulières pour le Canada, car le pays possède des avantages stratégiques dans les domaines de l’énergie, des ressources naturelles, des minéraux critiques, des infrastructures et des relations commerciales de confiance.
Nouveau mot-clé : résilience
Pendant des décennies, la mondialisation a récompensé l’efficacité : des chaînes d’approvisionnement longues et allégées, une production juste-à-temps et une expansion des marges. Les entreprises et les gouvernements accordent maintenant une plus grande valeur à la résilience : des fournisseurs diversifiés, une capacité nationale, un approvisionnement auprès d’alliés, des stocks tampons, des voies de transport sécuritaires et un accès fiable à l’énergie et aux matières premières.
Ainsi, la délocalisation intérieure, l’économie d’affinité et la délocalisation à proximité1 deviennent bien plus que des slogans politiques. Ce sont des thèmes de dépenses en capital qui touchent l’immobilier industriel, l’automatisation, le transport, la production d’électricité, la modernisation des réseaux, les semi-conducteurs, la cybersécurité et les minéraux critiques.
Nouveau thème économique : les dépenses de défense
Autre caractéristique d’un monde multipolaire : les dépenses structurelles de défense et de sécurité. Elles ne se limitent plus aux entrepreneurs de défense traditionnels, mais englobent maintenant la cybersécurité, l’aérospatiale, la surveillance, la logistique, les réseaux de communication, les technologies à double usage et la base industrielle élargie qui soutient la sécurité nationale.
Pour les investisseurs et investisseuses, la défense n’est pas simplement une réponse à un conflit. Elle fait partie d’une stratégie de réorganisation à plus long terme des priorités liées aux finances publiques, alors que les gouvernements s’adaptent à un environnement géopolitique plus hostile.
Cette tendance crée des occasions, mais entraîne aussi des risques. Des thèmes peuvent devenir saturés si un trop grand nombre d’investisseurs et investisseuses se précipitent dans le même secteur, ce qui fait augmenter les prix et le risque de vente massive. Une gestion de placements rigoureuse consiste à distinguer les entreprises à revenus solides et durables de celles qui profitent simplement d’une mode passagère.
La constitution de portefeuille doit évoluer
L’approche traditionnelle de gestion de portefeuille reposait sur un environnement caractérisé par une faible inflation, une forte tendance à la mondialisation, des liquidités abondantes et des hypothèses géopolitiques relativement stables.
Dans un monde multipolaire, la diversification doit être plus réfléchie, et ne plus se limiter aux catégories d’actifs. Les investisseurs et investisseuses doivent aussi diversifier leurs portefeuilles en tenant compte de ce qui suit : moteurs économiques, régions, secteurs, sensibilité aux devises, sensibilité à l’inflation et vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement.
Cela signifie poser des questions différentes :
- Possédons-nous des actifs qui peuvent bénéficier du renouvellement des infrastructures, de la résilience énergétique et de la demande de ressources stratégiques?
- Sommes-nous trop dépendants d’une région, d’une chaîne d’approvisionnement, d’une devise ou d’un régime macroéconomique en particulier?
- Nos positions tiennent-elles compte du pouvoir de fixation des prix, des bilans solides et des flux de trésorerie durables?
- Les titres à revenu fixe peuvent-ils encore diversifier les portefeuilles si le risque d’inflation s’intensifie à nouveau?
Le Canada a un rôle essentiel à jouer, mais la sélectivité est nécessaire
Pour les investisseurs et investisseuses du Canada, la multipolarité représente à la fois un risque et une occasion. Les ressources du pays, son infrastructure énergétique, ses minéraux critiques, sa capacité agricole, son système financier solide et sa proximité avec le marché américain sont des atouts de plus en plus grands. Cependant, ces thèmes ne garantissent pas des rendements.
L’objectif est de déterminer où la demande structurelle converge vers des actifs de qualité, une gestion disciplinée et une économie attrayante.
En résumé : Ne réagissez pas aux manchettes. Investissez selon le contexte.
L’escalade du conflit actuel pourrait ou non marquer le marché durablement. Néanmoins, elle illustre une réalité plus vaste : nous vivons dans un monde multipolaire, et les portefeuilles doivent être conçus en conséquence. Il faut donc porter une attention particulière à la résilience, aux actifs réels, aux infrastructures, à la sécurité énergétique, à la redondance des chaînes d’approvisionnement, aux dépenses de défense et de sécurité, à la gestion active et à la diversification géographique.
Le but n’est pas de réagir à chaque manchette géopolitique. Il s’agit de reconnaître que les marchés ont changé et que les portefeuilles doivent évoluer avec eux.
1 La délocalisation intérieure, la délocalisation à proximité et l’économie d’affinité donnent la priorité à la résilience au lieu d’être purement axées sur les coûts. Dans le cadre de la délocalisation intérieure, la production est rapatriée dans le pays où l’entreprise ou le client sont établis, ce qui renforce la capacité nationale. La délocalisation à proximité consiste à déplacer les opérations d’une entreprise dans des pays géographiquement proches du marché principal, souvent avec des accords commerciaux favorables. L’économie d’affinité consiste à s’approvisionner auprès d’alliés ou de pays avec lesquels on entretient des relations étroites.
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