À présent qu’il a remporté les élections générales britanniques, le premier ministre conservateur Boris Johnson est confronté à une tâche encore plus ardue : il a jusqu’au 31 janvier 2020 pour faire adopter son plan de retrait de l’Union européenne (UE) par le Parlement, après une impasse de presque quatre ans. Défi peut-être encore plus colossal, il doit aussi négocier un pacte complet de libre-échange avec l’UE d’ici la fin de l’an prochain, sous peine de déclencher une nouvelle crise majeure liée aux dangers économiques d’une sortie sans accord.

Si les négociations commerciales achoppent, M. Johnson aura jusqu’au 30 juin 2020 pour demander une prolongation – ce qu’il s’est pourtant engagé à ne pas faire. L’absence d’accord sonnerait le glas des relations commerciales entre le Royaume-Uni et l’Europe, destination de presque 45 % des exportations du pays. Londres devrait alors négocier de nouveaux pactes commerciaux (notamment avec l’UE). Même si les partisans d’un « Brexit dur » veulent une sortie sans accord, la plupart des politiciens britanniques préfèrent éviter cette éventualité. Au cours des prochains mois, cela pourrait donner lieu à des débats houleux et à une incertitude économique accrue.

Certes, en l’absence d’accord, les règles de l’Organisation mondiale du commerce s’appliqueraient, mais ce scénario soulève des risques évidents. En effet, selon la Banque d’Angleterre, les retards considérables à la frontière et la perte de confiance envers les institutions financières britanniques pourraient entraîner une contraction de plus de 8 % de l’économie du pays sur une période de 12 mois. Par ailleurs, le Royaume-Uni pourrait devoir verser 20 milliards de livres sterling en factures impayées à l’UE.

Un échec des négociations pourrait aussi avoir des retombées économiques négatives dans l’ensemble de l’UE. Les pays les plus proches géographiquement du Royaume-Uni devraient le plus en pâtir. Ainsi, faute d’accord, la Belgique s’attend à perdre jusqu’à 42 000 emplois. L’Allemagne et la France, dont les volumes d’échanges avec le Royaume-Uni sont considérables, pourraient également être durement touchées. Par exemple, le Royaume-Uni est le troisième plus important partenaire commercial de la ville allemande de Brême, et le cinquième plus important de Berlin.

Croissance ralentie et manufacturiers européens touchés

Quelle est la probabilité que Boris Johnson puisse éviter un « Brexit dur » en parvenant à un accord commercial global avec l’UE en à peine un an? Premièrement, l’aile dure des Conservateurs souhaite un accord sans tarifs et sans quotas, semblable à l’AECG entre l’UE et le Canada. Cependant, celui-ci ayant exigé sept ans de négociations, difficile d’imaginer que M. Johnson pourra conclure un accord en 12 mois, même avec la collaboration de l’UE. Il faut donc s’attendre à davantage d’incertitude économique au cours de la prochaine année et au-delà en cas de sortie sans accord.

Deuxièmement, l’UE doit respecter ses propres règles commerciales afin de maintenir l’intégrité réglementaire dans l’ensemble de la zone euro. À ce sujet, le négociateur en chef de l’UE sur le Brexit, Michel Barnier, a averti que le Royaume-Uni pourrait se heurter à des barrières commerciales s’il s’écartait sensiblement des lois commerciales européennes – « l’accès à nos marchés sera proportionnel aux engagements pris par rapport à des règles du jeu équitables », a-t-il déclaré.

Boris Johnson, comme sa prédécesseure Theresa May, a signé un accord de divorce avec l’UE prévoyant que le Royaume-Uni se retirerait de l’Union douanière européenne. Dans le cadre de cet accord, aux termes de la clause dite du « filet de sécurité irlandais », l’Irlande du Nord (qui fait partie du Royaume-Uni) continuerait de suivre bon nombre des règles commerciales de l’UE.

Cependant, beaucoup de Conservateurs considèrent l’abandon complet du droit économique européen comme l’objet même du Brexit – ce qui laisse à M. Johnson peu de marge de manœuvre pour les mois à venir. S’il accepte un accord commercial principalement dicté par l’UE, il pourrait rencontrer une forte opposition de la part des « hard brexiters » de son propre parti – ceux-là mêmes qui ont contribué à le porter au pouvoir. Mais céder aux exigences de ces derniers signifierait une sortie sans accord – avec les conséquences négatives que cela implique pour l’économie du Royaume-Uni et de la zone euro.

Sous-pondération de l’Europe dans les Portefeuilles Granite Sun Life

L’incertitude entourant le Brexit et le ralentissement de la croissance mondiale ont fortement pesé sur l’économie de la zone euro. Par ailleurs, les échanges entre plusieurs pays membres de l’UE – dont l’Allemagne, qui est au bord de la récession – et la Chine ont fortement chuté. Qui plus est, la Banque centrale européenne, qui a abaissé son principal taux directeur à -0,40 %, n’a plus beaucoup de munitions pour doper l’économie de l’UE.

Par conséquent, nous continuerons de sous-pondérer les actions européennes dans les Portefeuilles Granite Sun Life jusqu’à ce que le Brexit trouve son issue finale et que l’économie de la zone euro commence à s’améliorer.


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