Points saillants

  • La COVID-19 explose aux États-Unis et continue de se propager à travers le monde
  • Les principaux indices se redressent après le recul du premier trimestre et le S&P 500 gagne 20 %
  • Le rendement des obligations stable, après une sortie d’un creux presque historique
  • La Réserve fédérale américaine élargit nettement son programme de rachat d’actifs
  • L’Union européenne met en place un programme de relance économique de 826 milliards de dollars américains
  • Le prix du baril de pétrole passe de 22,74 $ à 40 $ par suite de l’entente entre l’Arabie Saoudite et la Russie
  • Le dollar canadien passe de 0,71 à 0,73 $ US

À la fin du mois de mars, le S&P 500 était aux prises avec un marché baissier, alors que la COVID-19 se propageait et que l’économie américaine s’effondrait en laissant près de 23 millions d’Américains au chômage. Au deuxième trimestre, dopé par les mesures massives de relance monétaire et budgétaire, le marché s’est envolé et le S&P 500 a gagné près de 20 %, enregistrant ses meilleurs résultats trimestriels depuis 1998. Et ce, alors que les cas de COVID-19 se multipliaient aux États-Unis et que près de 15 millions d’Américains restaient sans emploi. Les investisseurs, ragaillardis par les dépenses de relance, la reprise de l’emploi et l’espoir d’un vaccin, semblaient prêts à faire fi de la morne réalité et à envisager une reprise économique rapide – un scénario que nous jugeons loin d’être certain.

À ce stade, les États-Unis ne réussissent pas à maîtriser l’épidémie comme au Canada et en Europe (graphique 1). Le nombre de nouveaux cas de COVID-19 fléchissait aux États-Unis, mais il est reparti vers le haut dès que l’activité économique a redémarré. On compte actuellement près de 50 000 nouveaux cas par jour et plusieurs grands États, dont le Texas et la Floride, reconfinent certaines parties de leur économie. Au total, à la fin du trimestre, le virus avait infecté 2 606 211 Américains, soit un nombre plus élevé que dans tout autre pays. Ailleurs, la COVID-19 a bondi au Brésil, au Mexique, en Inde et au Pakistan, et on dénombrait près de 11 millions de cas dans le monde au 30 juin.

Graphique 1 : La COVID-19 rebondit aux États-Unis

Nombre de nouveaux cas quotidiens de COVID-19 – Moyenne sur 7 jours

Graphique 1 : L’épidémie de COVID-19 aux É.-U. et dans d’autres pays

Sources : Organisation mondiale de la Santé, Université Johns-Hopkins, Placements mondiaux Sun Life. Données au 30 juin 2020.

Alors qu’elle continue de se propager, la COVID-19 laisse de nombreuses questions dans son sillage. Est-ce qu’une deuxième vague d’infections pourrait balayer la planète cet automne et induire une deuxième période de paralysie économique encore plus problématique? Serons-nous témoins de faillites à grande échelle et dans quelle mesure les bénéfices des entreprises s’en ressentiront-ils? L’économie pourrait-elle subir des changements structurels permanents qui laisseraient sur le pavé un grand nombre de travailleurs?

Le marché surveille aussi le développement potentiel d’un vaccin et se redresse lorsque les nouvelles sont encourageantes. Mais en attendant qu’un vaccin soit mis au point et que des milliards de doses soient distribuées, le marché reste à la merci de nouvelles éclosions de COVID-19. 

Dans ce contexte troublant, les tensions politiques opposant Washington et Pékin se sont intensifiées alors que la Chine cherche à prendre le contrôle total de Hong Kong. D’autre part, à tout juste cinq mois des élections aux États-Unis, le président Donald Trump baisse dans les sondages. Or, le marché n’accueillerait peut-être pas favorablement la possibilité d’une victoire démocrate, qui laisserait craindre l’élimination de la baisse d’impôt des sociétés de 8 % mise en place par l’administration actuelle. L’abrogation de cette mesure réduirait considérablement les prévisions des bénéfices par action des sociétés du S&P 500, qui souffrent déjà de la COVID-19.

Traçage d’un itinéraire prudent sur un marché incertain

Il est clair que de nombreux investisseurs envisagent l’année 2021 en misant sur la fin de la crise du coronavirus. Mais au-delà de la pandémie, plusieurs éléments affecteront le rythme de la reprise. Pour commencer, les autorités pourraient mettre un frein l’an prochain aux mesures massives de relance budgétaire et monétaire qui ont alimenté la reprise du marché. Le Congrès pourrait alors opter pour l’austérité afin d’endiguer le déficit du pays. Et au lieu d’embaucher, les entreprises en proie à des baisses de revenus pourraient réduire leurs effectifs. Dans ce contexte, nous prévoyons une volatilité accrue des marchés sur les prochains mois et pensons que le S&P 500 pourrait subir une correction à un moment ou un autre.

Face à autant d’incertitude, nous sommes restés prudents vis-à-vis des actions au deuxième trimestre, en en maintenant la légère sous-pondération. Toutefois, parmi les actions, nous avons renforcé la surpondération des émissions américaines et maintenu celle des titres des marchés émergents.

L’économie américaine dominait toutes les autres à l’aube de la crise, la situation de ses entreprises et de ses consommateurs étant meilleure que dans de nombreux autres pays. Elle reste à nos yeux la plus solide, grâce à l’élargissement du programme de rachat d’actifs de la Réserve fédérale au deuxième trimestre.

Par ailleurs, tant le gouvernement que la Fed ont la capacité d’en faire encore plus. En fait, le Congrès pourrait bientôt approuver un autre programme de relance de 1 000 milliards de dollars prévoyant des paiements directs aux particuliers. Un programme de construction d’infrastructures de 1 000 milliards de dollars pourrait aussi être adopté.

Compte tenu des mesures de relance massives et du redressement qu’opérait le marché après avoir touché le fond en mars, nous avons privilégié les actions de croissance américaines à grande capitalisation et la gestion active. Au fil du deuxième trimestre, nous avons investi dans les actions américaines de valeur. Nous avons notamment ajouté des options d’achat sur les valeurs financières américaines que nous jugeons prometteuses à long terme. Nous avons également acheté des options d’achat sur le pétrole lorsque son cours a rebondi.

La reprise des marchés émergents nous a incités à maintenir notre position surpondérée dans ce secteur. Dans l’ensemble, nous sommes préoccupés par le redémarrage de certaines économies émergentes. Dans d’autres pays, dont le Brésil et l’Inde, le nombre de cas de COVID-19 a explosé. La Chine (qui jouit de la pondération la plus importante dans notre indice de référence) a largement maîtrisé le virus; sa situation économique s’améliore et elle pourrait être le premier pays à se rétablir complètement. Cela dit, les relations entre les États-Unis et la Chine pourraient encore s’enflammer, ce qui exacerberait la volatilité, surtout à l’approche des élections américaines.

L’Europe éprouvait des difficultés économiques avant d’être frappée par la COVID-19. La Banque centrale européenne a moins de marge de manœuvre pour réduire les taux d’intérêt, mais elle a réagi à la pandémie en élargissant son programme d’assouplissement quantitatif. De plus, à l’issue d’un long débat, l’UE a finalement décidé d’adopter, en mai, un plan de sauvetage économique de 826 milliards de dollars américains. Grâce à cette aide supplémentaire, au redémarrage de l’activité économique dans l’UE et à une meilleure maîtrise du virus, les actions européennes pourraient rattraper leur retard à mesure que la croissance s’améliorera. Nous avons donc rendu une pondération neutre aux actions EAEO, auparavant sous-pondérées, ce qui représente notre changement de pondération le plus marqué au deuxième trimestre.

Le marché canadien, doublement touché par les dégagements causés par la COVID-19 et par la chute des prix du pétrole, était le secteur le plus sous-pondéré. Même avant d’être frappée par la pandémie, l’économie canadienne n’était guère robuste, sa croissance s’inscrivant à peine à 0,9 % en 2019. Les dépenses des ménages – un moteur essentiel de l’économie – ont été freinées par les taux d’endettement presque record des Canadiens, puis par la COVID-19. La faiblesse des prix du pétrole (près de 40 % inférieurs à leurs sommets d’avant la crise) ayant également porté préjudice à l’économie, la situation ne nous semble pas encourageante et nous avons augmenté davantage notre position sous-pondérée au deuxième trimestre.

Du côté des titres à revenu fixe, en fin de compte, les taux pourraient rester relativement faibles si les banques centrales s’abstiennent de relever les taux d’intérêt tant que la reprise économique ne sera pas bien ancrée, comme elles s’y sont engagées. Toutefois, dans le cadre d’une stratégie à plus long terme, nous avons fait une plus grande place aux obligations de sociétés à rendement élevé quand les écarts se sont fortement réduits. Et, pour la première fois de son histoire, la Réserve fédérale américaine est intervenue sur le marché pour acheter des obligations de sociétés à rendement élevé.

Les marchés remontent vers leurs sommets précédents

En février, le S&P 500 a atteint de nouveaux records. Tandis que l’épidémie de COVID-19 se propageait, l’indice a rapidement chuté sur fond de marché baissier et a touché le fond le 23 mars, après avoir cédé 37,7 % (graphique 2). Mais au deuxième trimestre, le marché s’est redressé et le S&P 500 a gagné près de 20 %, enregistrant ainsi son meilleur gain trimestriel depuis sa création en 1957.

Graphique 2 : Le retour des investisseurs fait remonter les principaux indices

Rendement global, valeurs indexées sur 0 à compter du 1er janvier 2020

Graphique 2 :  Rendement des indices des principaux marchés au T2

Source : Bloomberg, Données au 30 juin 2020.

L’indice MSCI Emerging Markets s’est également redressé et a fini en hausse de 18,1 %. Globalement, les marchés des pays émergents ont tiré profit de la lente amélioration de la croissance en Chine. Plusieurs marchés durement touchés, dont l’Inde et la Corée du Sud, ont en outre connu un net rebond. L’indice MSCI World a grimpé de 19,6 % au cours du trimestre et l’indice MSCI EAFE a gagné 15,1 %, les mesures de relance prises par l’UE et l’endiguement de l’épidémie de COVID-19 en Europe ayant donné un coup de fouet aux actions. Ici, l’indice composé S&P/TSX a augmenté de 17,0 %, dans le sillage des actions technologie et matériaux (graphique 3).

Graphique 3 : Technologie et matériaux mènent l’ascension de l’indice composé S&P/TSX

Graphique 3 :  Secteur de l’indice composé S&P/TSX ayant enregistré le meilleur rendement

Source : Bloomberg. Donnés au 30 juin 2020.

Rendement des obligations assez stable durant le trimestre

À un moment dans le trimestre, les obligations du Trésor américain à 10 ans se sont appréciées. Elles ont ensuite affiché un recul. Le rendement s’est établi à 0,66 % à la fin du T2, demeurant assez stable par rapport à 0,7 % en mars. À titre de comparaison, le rendement des obligations du Canada à 10 ans est passé de 0,71 % le 31 mars à 0,52 % le 30 juin (graphique 4).

Nous ne croyons pas qu’une hausse des taux obligataires serat durable. Elle anticipe une amélioration rapide de la situation économique et une forte hausse des taux d’intérêt américains, un scénario que nous n’anticipons pas. En effet, la Fed a indiqué qu’elle pourrait maintenir son taux d’intérêt directeur près de sa fourchette ultra-basse actuelle jusqu’à nouvel ordre (graphique 4).

Graphique 4 : Le rendement des obligations recule après une remontée

Graphique 4 :  Rendement des obligations au T2

Graphique 4 : Le rendement des obligations recule après une remontée

N’essayez pas de résister à la Fed et au raz-de-marée de la relance

Sur le plan budgétaire, le Fonds monétaire international (FMI) estimait à la fin du mois de mai que les gouvernements avaient dépensé 9 000 milliards de dollars américains pour lutter contre la pandémie à travers le monde entier. Ces dépenses ont couvert toute une panoplie de mesures, dont des aides directes aux particuliers, des prêts au secteur public et des injections de capitaux.

Sur le front monétaire, certaines banques centrales (dont la Banque du Canada) ont en pratique réduit leurs taux d’intérêt à zéro. D’autres les ont poussés en territoire négatif.

La Fed s’est lancée dans sa propre bataille contre la COVID-19 le 2 mars, en imprimant ce qui ressemble, avec le recul, à une timide baisse de taux de 0,5 %. Mais la vitesse à laquelle s’est propagé le virus et la débâcle rapide de l’économie américaine ont forcé la Fed à intervenir de nouveau. Le 15 mars, elle a réduit son taux directeur de 1 %, ce qui a ramené le taux des fonds fédéraux à zéro.

Le marché a toutefois poursuivi sa glissade. Le 23 mars, après avoir cédé 33,7 %, il a finalement touché le fond du marché baissier. Par hasard, le même jour, la Fed a annoncé que son programme initial de rachat d’actifs, dont le plafond devait être fixé à 700 milliards de dollars, aurait désormais une envergure illimitée. Son intervention semble avoir ramené les investisseurs sur le marché avec optimisme. De fait, la reprise subséquente du S&P 500, du 23 mars au 8 juin, a été l’une des plus importantes de l’histoire.

Cependant, la Fed n’avait pas dit son dernier mot le 23 mars et le marché a rebondi chaque fois qu’elle a lancé un nouveau programme. Ainsi, le 9 avril, elle a annoncé 2 300 milliards de dollars de nouveaux prêts par l’intermédiaire des banques, facilitant l’acquisition de prêts à hauteur de 600 milliards de dollars. Le même jour, elle a également déployé un programme de 500 milliards de dollars pour acheter des obligations émises par les États et les municipalités.

Les États-Unis : une deuxième vague de COVID-19?

De mars à avril, la pandémie a anéanti dix ans de créations d’emplois aux États-Unis et laissé 22 millions d’Américains au chômage. La réouverture de l’économie de nombreux États en mai et en juin a ramené des emplois. Mais on est loin du compte. À la fin du trimestre, on comptait 14,6 millions d’emplois-perdus (graphique 5), et le nombre de cas de COVID-19 s’inscrivait à nouveau en hausse dans 35 États. Près de 40 % des Américains devaient observer de nouvelles restrictions de confinement.

Le FMI croit que l’économie américaine se contractera d’environ 6 % cette année. Le meilleur scénario prévoit une reprise rapide, en forme de V d’ici la fin de l’année. Toutefois, le processus pourrait être beaucoup plus lent et l’économie risque plutôt de connaître une reprise en forme de W.

Comme indiqué, un certain nombre de questions auront un impact sur le rythme de la reprise économique et des marchés aux États-Unis. On peut notamment s’interroger sur ce qui se passera lorsque le programme colossal de relance budgétaire et monétaire qui a alimenté la reprise du marché prendra graduellement fin. La crise qui pourrait résulter l’accumulation des reports de paiement se profile également à l’horizon. En effet, les paiements des prêts hypothèques et autres qui ont été reportés arriveront à échéance d’ici la fin de l’année. À un moment donné, au deuxième trimestre, trois millions d’Américains avaient ajourné leurs versements hypothécaires. Il reste à voir combien d’entre eux ne seront pas en mesure de respecter leurs obligations. Si le mouvement est généralisé, il pourrait frapper de plein fouet les prêteurs et le marché du logement.

L’inconnu, en ce qui concerne la reprise aux États-Unis, est la mesure dans laquelle la flambée actuelle des cas de COVID-19 peut être maîtrisée. Par rapport au début de l’année, les estimations des bénéfices du S&P 500 ont chuté de 22 % pour 2020 et de 13 % pour 2021. Cependant, si l’épidémie reste incontrôlée et des États comme le Texas et la Floride demeurent paralysés pendant plus longtemps, il faudra attendre davantage pour observer une reprise économique complète, ce qui portera préjudice aux bénéfices.

Le Canada : plus en difficulté que les États-Unis?

Comme aux États-Unis, les investisseurs canadiens ont repris confiance quand les données sur l’emploi se sont révélées supérieures aux attentes (graphique 5). Toutefois, à de nombreux égards, les fondamentaux économiques étaient plus solides aux États-Unis qu’au Canada à la veille du ralentissement.

D’abord, l’économie canadienne qui a souffert du dégagement attribuable à la COVID-19 et de la chute des prix pétroliers devrait, selon le FMI, se contracter de 8,4 % cette année. C’est en partie pour cette raison que les pertes d’emplois au Canada ont été plus importantes qu’aux États-Unis. Et c’est au Canada qu’un pourcentage inférieur d’emplois a été rétabli (graphique 5). En outre, les dépenses de consommation représentent près de 60 % de l’activité économique au Canada. Mais comme l’ont fait remarquer les Canadiens, dont l’endettement personnel a rarement été aussi lourd, les consommateurs peuvent difficilement dépenser davantage et ont en fait augmenté leur épargne. Ce qui laisse penser que la reprise économique pourrait être plus lente au Canada qu’aux États-Unis.

L’ombre d’une crise causée par l’accumulation des reports de paiement plane aussi sur le Canada. Plus de 500 000 Canadiens ont reporté leurs paiements hypothécaires, ce qui représente près d’un milliard de dollars de dettes, et 20 % des dettes liées aux cartes de crédit et aux marges de crédit personnelles ont également été reportées. En définitive, l’ampleur des défauts de paiement pourrait accroître l’offre de maisons à vendre sur le marché, ce qui pèserait sur les prix des logements, que nous jugeons surévalués dans certaines régions du pays. La baisse des prix de l’immobilier réduirait la valeur nette du patrimoine de nombreux Canadiens alors que la COVID-19 freine les dépenses de consommation. Elle pourrait aussi porter préjudice aux banques canadiennes, qui sont largement exposées au marché immobilier.

La faiblesse des prix du pétrole complique en outre la reprise au Canada. Le baril de pétrole, qui se négociait autour de 70 $ US en janvier, est tombé à 12 $ en avril avant de remonter à 40 $. Dans le contexte de la pandémie de COVID-19 qui ravage l’économie mondiale, nous pensons que les prix du pétrole pourraient se maintenir dans une certaine fourchette durant les prochains mois.

Les inquiétudes suscitées par l’état de santé global de l’économie canadienne ont également été confirmées par la révision à la baisse de la note de crédit du Canada accordée par Fitch Ratings Inc., qui est passée de AAA à AA+. L’agence a invoqué l’incidence de la pandémie sur les perspectives financières d’Ottawa, dont le budget accusera probablement un déficit de 343,2 milliards de dollars cette année.

Graphique 5 : Les emplois reviennent mais la route sera longue

Graphique 5 : Nombre d’emplois perdus pendant la pandémie au Canada et aux É.-U.

Sources : Statistique Canada, Tendances Économiques, Placements mondiaux Sun Life. Données au 30 juin 2020.

Chine : Premier pays à se remettre de la COVID-19

Comme aux États-Unis, les investisseurs canadiens ont repris confiance quand les données sur l’emploi se sont révélées supérieures aux attentes (graphique 5). Toutefois, à de nombreux égards, les fondamentaux économiques étaient plus solides aux États-Unis qu’au Canada à la veille du ralentissement.

D’abord, l’économie canadienne qui a souffert du dégagement attribuable à la COVID-19 et de la chute des prix pétroliers devrait, selon le FMI, se contracter de 8,4 % cette année. C’est en partie pour cette raison que les pertes d’emplois au Canada ont été plus importantes qu’aux États-Unis. Et c’est au Canada qu’un pourcentage inférieur d’emplois a été rétabli (graphique 5). En outre, les dépenses de consommation représentent près de 60 % de l’activité économique au Canada. Mais comme l’ont fait remarquer les Canadiens, dont l’endettement personnel a rarement été aussi lourd, les consommateurs peuvent difficilement dépenser davantage et ont en fait augmenté leur épargne. Ce qui laisse penser que la reprise économique pourrait être plus lente au Canada qu’aux États-Unis.

L’ombre d’une crise causée par l’accumulation des reports de paiement plane aussi sur le Canada. Plus de 500 000 Canadiens ont reporté leurs paiements hypothécaires, ce qui représente près d’un milliard de dollars de dettes, et 20 % des dettes liées aux cartes de crédit et aux marges de crédit personnelles ont également été reportées. En définitive, l’ampleur des défauts de paiement pourrait accroître l’offre de maisons à vendre sur le marché, ce qui pèserait sur les prix des logements, que nous jugeons surévalués dans certaines régions du pays. La baisse des prix de l’immobilier réduirait la valeur nette du patrimoine de nombreux Canadiens alors que la COVID-19 freine les dépenses de consommation. Elle pourrait aussi porter préjudice aux banques canadiennes, qui sont largement exposées au marché immobilier.

La faiblesse des prix du pétrole complique en outre la reprise au Canada. Le baril de pétrole, qui se négociait autour de 70 $ US en janvier, est tombé à 12 $ en avril avant de remonter à 40 $. Dans le contexte de la pandémie de COVID-19 qui ravage l’économie mondiale, nous pensons que les prix du pétrole pourraient se maintenir dans une certaine fourchette durant les prochains mois.

Les inquiétudes suscitées par l’état de santé global de l’économie canadienne ont également été confirmées par la révision à la baisse de la note de crédit du Canada accordée par Fitch Ratings Inc., qui est passée de AAA à AA+. L’agence a invoqué l’incidence de la pandémie sur les perspectives financières d’Ottawa, dont le budget accusera probablement un déficit de 343,2 milliards de dollars cette année.

Europe : raffermissement et accueil des touristes

L’élargissement du programme d’assouplissement quantitatif de la Banque centrale européenne et les mesures de relance économique de l’UE, d’un montant de 826 milliards de dollars, semblent avoir stabilisé l’économie européenne. L’indice européen des directeurs d’achat a témoigné de cette reprise naissante au deuxième trimestre en rebondissant plus vite que prévu après l’effondrement.

Le commerce est à l’origine de 45 % du PIB de l’UE, qui a lentement commencé à rouvrir ses frontières intérieures vers la fin du deuxième trimestre. Le redressement de l’industrie du tourisme, qui représente environ 10 % de l’économie de l’UE, aura également une influence déterminante. Or, l’UE a annoncé fin juin qu’elle autoriserait les touristes de certains pays, dont le Canada (mais non les États-Unis), à voyager en Europe cet été.

Cela dit, d’autres risques que ceux liés à la pandémie planent sur le continent. Les négociations commerciales entre l’Europe et le Royaume-Uni sont au point mort – soulevant de nouveau la possibilité d’un Brexit « à la dure », qui entraînerait une dislocation économique.

Toutefois, dopées par le regain de confiance des investisseurs, les actions européennes ont regagné une partie du terrain perdu durant le marché baissier. Fortes de leurs valorisations plus attrayantes que celles leurs pendantes américaines, elles ont du retard à rattraper, selon nous, de sorte que nous ne les sous-pondérons plus, mais leur accordons désormais une pondération neutre. Le plan de sauvetage de l’UE nous offre également une certaine protection contre les corrections.

Perspectives : prudence à l’égard des actions et achat de titres à rendement élevé

Dans l’ensemble, nous sous-pondérions légèrement les actions au deuxième trimestre. Mais parmi les actions, nous surpondérions les actions américaines et celles des marchés émergents. Du côté des titres à revenu fixe, à mesure que les écarts se sont contractés, nous avons ajouté des obligations de sociétés à rendement élevé.

  • Nous avons renforcé la surpondération des actions américaines.
  • Nous avons renforcé la sous-pondération du Canada, dont l’économie est mise à mal par la COVID-19 et la faiblesse des prix du pétrole.
  • Compte tenu de l’amélioration de la situation économique de la zone euro, nous sommes passés d’une position sous-pondérée à une pondération neutre à l’égard des actions de la zone EAEO.
  • La reprise de l’économie chinoise nous a incités à maintenir la surpondération dans les actions des marchés émergents.
  • Le dollar canadien s’est apprécié par rapport au dollar américain et nous prévoyons un taux de change de l’ordre de 0,73 $ US.
  • Nous avons puisé dans les liquidités pour acheter des actions et des obligations de sociétés à rendement élevé.

Dans l’ensemble, nous continuerons à gérer les risques à court terme tout en recherchant des occasions à plus long terme. Pour le moment cependant, nous sommes à l’aise avec le positionnement des Portefeuilles gérés Granite Sun Life.

Le présent document est fourni à des fins informatives uniquement et ne doit en aucun cas tenir lieu de conseils particuliers d’ordre financier, fiscal, juridique ou comptable ni en matière d’assurance et de placement. Il ne doit pas être considéré comme une source d’information à cet égard et ne constitue pas une offre d’achat ou de vente de valeurs mobilières. Le contenu de ce document provient de sources jugées fiables, mais aucune garantie expresse ou implicite n’est donnée quant à son caractère opportun ou son exactitude.

© Placements mondiaux Sun Life (Canada) inc., 2020. La société Placements mondiaux Sun Life (Canada) inc. est membre du groupe Sun Life.