Le dernier relèvement du taux de financement à un jour de la Banque du Canada remonte à 2018. Depuis lors, le freinage économique provoqué par la guerre tarifaire entre les États-Unis et la Chine a réduit les échanges commerciaux mondiaux d’environ 700 milliards de dollars. Les banques centrales du monde, y compris la Réserve fédérale américaine, ont réagi en abaissant plusieurs fois leurs taux d’intérêt pour soutenir l’économie. Le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, a été l’un des rares à ne pas suivre la tendance. À l’aube de 2020, il espère que l’activité économique va s’accélérer au Canada et il maintient son attitude de fermeté. Et lors de sa réunion du 22 janvier, tout en reconnaissant que l'économie ralentit, la banque a maintenu son taux directeur à 1,75%.

Pour défendre sa décision de rester sur la touche alors que d’autres abaissaient leurs taux d’intérêt, le gouverneur Poloz a pu invoquer la robustesse du marché du travail. Il s’est créé 360 000 emplois durant les 10 premiers mois de 2019, faisant baisser le taux de chômage à un creux historique de 5,6 %.

M. Poloz devra continuer de mettre en balance sa fermeté à l’égard des taux d’intérêt avec un certain nombre de risques pesant sur l’économie au pays et à l’étranger. Ainsi, près de 58 % du PIB du Canada provient des dépenses de consommation des ménages. Or, les consommateurs canadiens sont très endettés et peuvent difficilement dépenser davantage (graphique 1). Pour chaque dollar de revenu disponible, ils doivent près de 1,72 $ – le plus haut ratio du G7 (graphique 2).

Les dépenses de consommation et les ventes au détail ont également chuté. Un relèvement des taux d’intérêt risquerait d’accentuer cette tendance en alourdissant les coûts d’emprunt des particuliers, tandis qu’un abaissement des taux pourrait alimenter la frénésie d’emprunt des consommateurs canadiens qui s’enfonceraient davantage dans le rouge.

Graphique 1 : La consommation et les ventes au détail sont en baisse

Source : Statistique Canada, données au 31 octobre 2019

Même si le gouverneur Poloz privilégie le statu quo, l’économie pourrait encore s’affaiblir. De fait, elle ralentit déjà (malgré la vigueur de l’emploi). En 2019, près de 90 % des pays du monde ont enregistré une croissance moins élevée qu’en 2018. Le Canada n’a pas été épargné, la hausse de la production passant de 1,9 % en 2018 à un rythme prévu de 1,5 % en 2019. Le consensus des analystes laisse entrevoir un léger renforcement de la croissance économique à 1,7 % en 2020 et en 2021. Cependant, la banque, invoquant un ralentissement de la croissance mondiale, a réduit sa projection à 1,6%.

Par ailleurs, une hausse des taux d’intérêt se répercuterait sur le marché immobilier, qui compte pour près de 13 % de l’activité économique – proche d’un sommet historique. Le marché du logement a faibli, plombé en partie par l’implantation des tests de résistance hypothécaire qui ont empêché bien des consommateurs d’accéder à la propriété. Étant donné les risques pesant sur l’économie, nous demeurons à peu près neutres sur les actions canadiennes. Nous nous attendons toutefois à ce que les prix élevés de l’immobilier donnent de l’espoir aux consommateurs, qui pourraient continuer de dépenser (malgré leur haut niveau d’endettement) à mesure que leur patrimoine gagne en valeur.

Graphique 2 : L’épargne baisse et l’endettement des ménages augmente

Source : Statistique Canada, données au 30 septembre 2019

Si l’économie prend du mieux sans qu’il ait fallu abaisser les taux, le gouverneur Poloz pourrait avoir adopté la bonne stratégie en s’abstenant d’emboîter le pas aux autorités monétaires qui allégeaient leur politique un peu partout dans le monde. De fait, il s’est dit d’avis que l’économie mondiale était en train de se stabiliser et que la croissance devrait afficher une légère progression. À moins qu’il n’y ait un ralentissement marqué de l’économie, nous croyons que la Banque du Canada maintiendra ses taux pendant les premiers mois de 2020.

En raison de ce statu quo, nous prévoyons que le dollar canadien oscillera dans une plage comprise entre 73 et 78 cents US en 2020.

Comme indiqué, la croissance économique a ralenti à l’échelle mondiale; le Fonds monétaire international s’attend à ce qu’elle ait atteint autour de 2,9 % en 2019 et à ce qu’elle évolue autour de 3,3 % en 2020. Cette décélération est en grande partie attribuable à la guerre commerciale sino-américaine.

Cependant, le déblocage du Brexit et la signature de la première phase d’un accord commercial entre les États-Unis et la Chine ont amélioré les perspectives économiques. La clarification de ces deux enjeux devrait renforcer la confiance des entreprises et des investisseurs, mais il reste à voir si elle aura un effet stimulant significatif sur l’économie.

De plus, les problèmes du commerce mondial sont loin d’être réglés. De fait, la prochaine série de négociations entre la Chine et les États-Unis risque d’être beaucoup plus difficile que la précédente. Pour l’instant, la majorité des tarifs reste en place et les enjeux entourant l’accès aux marchés demeurent entiers. En outre, les négociations pourraient perdurer au-delà des élections présidentielles de novembre et raviver l’incertitude économique.

La question des tarifs ne se limite pas aux États-Unis et à la Chine. Par exemple, la Chine est le principal marché d’exportation des voitures fabriquées en Allemagne; or, elle a récemment menacé d’imposer des sanctions non précisées à l’Allemagne si ce pays devait bannir le géant technologique chinois Huawei. De toute évidence, les risques ne manqueront pas en 2020. Nous surveillerons avec intérêt si le gouverneur Poloz pourra s’en tenir à sa stratégie de maintien des taux au niveau actuel.

Le présent commentaire contient des renseignements sommaires publiés à titre indicatif par Placements mondiaux Sun Life (Canada) inc. Bien qu’il ait été préparé à partir de sources considérées comme fiables, Placements mondiaux Sun Life (Canada) inc. ne peut en garantir l’exactitude ou l’exhaustivité. Ce document vise à fournir des renseignements généraux qui ne doivent pas être considérés comme des conseils de placement ou des conseils financiers, fiscaux ou juridiques s’appliquant à des cas particuliers. Les points de vue exprimés sont ceux de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement l’opinion de Placements mondiaux Sun Life (Canada) inc. Il est à noter que les énoncés prospectifs contenus dans ce commentaire sont de nature spéculative et il est déconseillé de s’y fier. Rien ne garantit que les événements envisagés dans ces énoncés auront lieu, ou qu’ils se dérouleront de la manière prévue. Veuillez obtenir l’avis d’un conseiller professionnel avant de prendre une décision en fonction des renseignements qui figurent dans ce commentaire.

© Placements mondiaux Sun Life (Canada) inc., 2020. La société Placements mondiaux Sun Life (Canada) inc. est membre du groupe Financière Sun Life.