De cette façon, tout comme les athlètes professionnels, la plupart d'entre nous améliorent leur performance.

«Je n'ai pas encore rencontré une seule personne qui avait mûrement réfléchi à tous les aspects de la retraite» affirme Cindy Crean, directrice générale, gestion privée, Placements mondiaux Sun Life (PMSL).

Mme Crean constate qu'habituellement, les gens montrent des lacunes dans deux aspects essentiels de la retraite : la vision – déterminer ce qu'il veulent vraiment faire à la retraite, et les finances – déterminer s'ils épargnent suffisamment pour réaliser leur vision.

Elle recommande tout particulièrement aux couples de discuter sérieusement de ce qu'ils veulent et de la façon dont ils envisagent leur vie à la retraite. Elle se souvient d'un couple qui approchait de la retraite – les deux conjoints se sont rendu compte qu'ils avaient des idées diamétralement opposées de ce qu'était la retraite rêvée : «Elle voulait rester en ville, s'acheter un condo et avoir un mode de vie urbain. Il voulait s'établir sur une ferme et vivre de la terre. De toute évidence, ils n'en avaient jamais parlé.»

De plus, cette discussion sur la vision de la retraite peut être orientée par des impératifs financiers. Les personnes veulent conserver leur style de vie, mais se rendent compte qu'elles doivent vendre leur maison en ville pour le financer.

Ces conversations sur la retraite deviennent encore plus importantes de nos jours, surtout car les Canadiens ont moins le droit à l'erreur que leurs parents. Bien des personnes qui approchent de la retraite n'ont pas de régime à prestations déterminées, et elles ne peuvent pas se fier à leurs placements à revenu fixe comme l'ont fait leurs parents, en raison des taux d'intérêt historiquement bas.

«La donne a changé, et il vous faut prendre le contrôle de votre avenir financier pour vous assurer de toucher un revenu garanti qui durera toute votre retraite», explique Mme Crean.

«Certains croient pouvoir se fier aux prestations de l'État, mais ils ne savent pas réellement de quoi il en retourne. Est-il possible de vivre des prestations du Régime de pensions du Canada (RPC) ou du Régime de rentes du Québec (RRQ), et de la Sécurité de la vieillesse (SV), et combien cela représente? Vous devez bien réfléchir au montant dont vous aurez besoin à la retraite, et planifier votre épargne, et savoir d'où proviendra le revenu pour vos dépenses de base et celui pour vos dépenses discrétionnaires.»

Selon un sondage publié en 2014 par BMO et la firme de recherche Pollara, une écrasante majorité de Canadiens – 89 % – ont dit qu'à la retraite ils se fieront aux prestations du RPC/RRQ, et près d'un tiers ont affirmé qu'ils se fieront presque uniquement aux programmes de l'État.

Ted Rechtshaffen, président et chef de la direction de TriDelta Investment Counsel, trouve inquiétante la dépendance au RPC, malgré le fait que des améliorations y seront apportées en 2018.

En effet, la prestation maximale au titre du RPC augmentera de près de 50 %. Toutefois, M. Rechtshaffen préférerait que les Canadiens mettent davantage l'accent sur l'épargne-retraite.

«Dans la majorité des cas, les personnes actuellement préoccupées par la retraite ne sont pas celles qui toucheront le maximum dans le cadre du régime, dit-il.

Je trouve difficile d'être enthousiaste à propos d'une chose qui aura très peu d'incidence sur la situation.»

En fait, si on peut se fier à l'État, c'est bien pour compliquer la donne, notamment à cause de la possibilité que l'âge de départ à la retraite soit reporté et que des dépenses comme celles pour les soins de santé soient de plus en plus dévolues aux particuliers.

Pour Kelley Keehn, une auteure de Calgary qui offre de la formation sur les finances personnelles, une des plus inquiétantes statistiques est celle indiquant que près de la moitié des Canadiens de moins de 50 ans essaient de planifier leur retraite seuls, sans l'aide d'un spécialiste, qu'il s'agisse d'un planificateur financier, d'un courtier ou d'un conseiller en placements. (Une étude de Cirano réalisée en 2016 révèle que la proportion augmente à environ 64 % pour les personnes de plus de 50 ans.)

Le problème, croit-elle, est que chaque jour les Canadiens doivent prendre des décisions immédiates et à court terme. Les décisions concernant la retraite peuvent paraître compliquées et peu pressantes, et il peut être facile pour les personnes qui peinent déjà à finir leur semaine de vouloir les remettre à plus tard.

À l'exception de ceux qui sont résolus à s'occuper eux-mêmes de leurs affaires, les personnes qui essaient de planifier leur retraite sans obtenir de conseils de spécialistes courent le risque de ruiner leurs efforts et de perdre de précieuses années de capitalisation.

«Elles ne font pas les calculs requis, et de toute façon, personne n'a envie de le faire», dit Mme Keehn. Les chiffres sont complexes, et les gens ont tendance à vraiment surestimer ou sous-estimer leurs besoins financiers.

«Ce qui ressort, c'est que trop peu de personnes ont recours aux services d'un planificateur financier qualifié.»